Le 4 Mars au matin :Enfin, de retour à la gare de Nice, où tout a commencé, nous flottons un peu au milieu de nos bagages, en attendant le train qui nous ramènera à Montpellier. Il nous faudra quelques temps pour rassembler nos idées, nos impressions.
Ce fut un beau partage, une belle vie contrastée, entre le lieu circonscrit du paquebot, et cette course continue de douze jours autour de la Méditerranée Orientale, celle qui fut le berceau de notre histoire, de notre monde.
Latine, résolument, je le reste après ce périple. C’est par là que nous arrivaient aussi la route des épices et la route de la soie. C’était le passage pour la route du Monde.
« De l’Olympe à Cnossos en
passant parEphèse
Se déroule le fil de
l’humaine Genèse
Souveraine et unique de tous
elle est maîtresse
Univers aquatique
insondable déesse. »
Ces quelques vers, je les ai écrits il y a longtemps, pour célébrer mon amour pour cette mer-mère, la Méditerranée.
Enfin, pour résumer « La croisière s’amuse », nous avons bien rigolé, bien visité, bien pensé mais nous n’avons jamais cru qu’il nous appartenait, ce Costa Pacifica, le plus beau paquebot, mais il fut –aussi- fugacement un peu à nous pour ce « retour en Terre Sainte » !!!! Nous étions en quelque sorte sur la trace des Croisés, les "Croisées"!!!
Journal de la croisière Je suis sur le pont du paquebot de la croisière.....dans le port de l'île de Kotakolon, et j'y pense....le départ de Montpellier, en tram d'abord, en train ensuite jusqu'à Nice fut finalement sans histoire. Evidemment notre folle nuit d'insomnie à quatre dans la chambre d'hôtel fut l'occasion de notre premier grand fou rire ; une répétition avant le grand départ sur l'impressionnant navire qui nous attendait à Savone. Et dans la gare maritime où nous attendons l'heure de l'embarquement, nous avons tout le loisir d'admirer la belle mosaïque d'une petite dame drôlement attifée en train de fumer le narguilé. Maguy, que nous avons retrouvée à Nice avec son Christian (ils sont en second voyage de noces quarante ans après) nous photographie toutes les quatre. Evidemment nous mesurons là que nous sommes loin d'être seules à faire cette « Croisière en Méditerranée Orientale ».
Après les cérémonies d’usage, d’ouverture, de bienvenue, du cocktail de bienvenue du commandant, nous pouvons faire un petit bilan dont nous excluons le temps passé à nous repérer, à monter, redescendre, chercher à comprendre sur quel pont nous nous trouvons, comment arriver aux piscines, terrasses, restaurants, bars, comptoir d’accueil de réclamation, réservations d’excursions etc….bref tout ce monde vaste et si petit à la fois. Enfin, nous arrivons à repérer notre cabine et c’est déjà bien !!!
Le 24 Février : Les jours se sont suivis sans vraiment se ressembler. Nous continuons malgré tout à arpenter les couloirs, nous ne nous privons pas de l’usage des ascenseurs, y compris les nacelles complètement transparentes qui arrivent en direct dans l’atrium, le hall central, somptueux. Nous nous trompons encore souvent mais nous savons maintenant qu’il y a onze ponts et non douze, et qu’il faut changer de colonne pour arriver sur certains d’entre eux. Au bout de trois jours, ce n’est pas si mal. Enfin aujourd’hui nous allons faire notre vraie visite ; ce devrait être le Pirée, ce sera finalement Izmir pour raison de grève sérieuse dans le port d’Athènes !!!
Le 25 Février :Mes retrouvailles avec Izmir furent émouvantes. Que de souvenirs ! Tant d’années ! Mais je suis un peu déçue car nous n’aurons pas le temps de visiter le bazar, faute de temps. Nous faisons, en bus, le tour de la ville, en écoutant son histoire contée par un vieux monsieur amoureux de sa ville dont il nous conte les anecdotes liées à ses souvenirs personnels. Nous visitons le vieux quartier de l’ancienne agora et les fouilles, le vieux cimetière, musulman, juif, chrétien on ne sait guère.
Cette cité a connu tant d’occupations, tant de croisements de civilisations, guerrières entre les grecs, les perses, les ottomans, seldjoukides et autres. Les juifs aussi, toujours présents, les byzantins, qui ont dominé un temps, les arméniens partout présents dans cette partie moyenne orientale. Renouer avec la Turquie, ce fut doux ! Nous avons pu ainsi nous promener du temps d’Homère à nos jours en nous remémorant le défilé des civilisations qui nous ont promenées jusqu’à ces moments où nous sommes arrivées par la mer, la belle, la Méditerranée.
Et aujourd’hui c’est Rhodes ! Rhodes la splendide, drapée dans ses murailles entre terre et mer, occupée par tous, conservée par personne, sauf son phare et ses murailles. Enfin, abritant l’Ordre de Saint Jean, l’histoire nous lègue un superbe château, plus guerrier que religieux. De superbes mosaïques de l’époque romaine rappellent les statues de la même époque dans la cour du palais.
Tout ça fait rêver… Je ne peux pas m’empêcher de penser aux Croisades, et que nous sommes en train de refaire cette route, mais plus au nom de Dieu, au nom de la religion, de la bonne parole. Ces murs ont aussi accueilli les Chevaliers de Malte quand ils furent chassés de l’île originelle. Encore des bien pensants et bien agissants qui poursuivent malgré tout leurs bonnes œuvres dans les pays dits « en voie de développement ». Nous déambulons ensuite dans les rues, bordées des prestigieuses « Auberges » où les Chevaliers de l’Ordre étaient accueillis. Le trajet se nomme la « Route des Chevaliers », mais nous, nous pouvons y faire tout simplement du shopping, à la recherche du petit souvenir d’une si fabuleuse randonnée toute imprégnée d’histoire.
Nous remontons à bord, ravies de notre journée et assistons au départ de notre navire. Rhodes la belle, la royale, nous l’abandonnons dans la gloire du jour finissant. C’est triste et doux, ce départ. Nous disons adieu à l’Acropole au palais du grand Maître sur la route des Chevaliers, et au phare, enfin élégant, en proue de cette belle terre qui a su nous parler de son histoire.
26 Février : C’est aujourd’hui notre escale à Chypre, l’ile d’Aphrodite. L'histoire de Chypre est très ancienne. On raconte que la déesse de la beauté et de l'amour, Aphrodite, serait née de l'écume à " Petra trou Romiou ", une petite plage non loin d’ici. Nous accostons à Limassol, le port de Chypre.. Près de Limassol, à l'ouest, la citadelle de Kolossi, édifiée au 13ème siècle par les chevaliers de l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, avec sa tour carrée qui émerge des cyprès, Un peu plus loin, en allant vers Paphos, le site archéologique de Curium, le plus impressionnant de Chypre, occupe un plateau dominant la mer.
Ce site magnifique comporte le sanctuaire d'Apollon, un stade romain permettant d'accueillir 6000 spectateurs répartis sur 7 rangées de gradins, un amphithéâtre où renaît chaque soir d'été la tragédie grecque, la maison d'Eustolios avec ses mosaïques, une grande basilique à 5 nefs aux ruines imposantes et enfin l'acropole. ". Ce site regroupe de magnifiques mosaïques romaines très bien conservées, une vaste nécropole de l'époque ptolémaïque (3 ème s. av. J.C.) au bord d'une falaise dominant la mer, le château aux " quarante colonnes "
Chypre est dite " l'île enchantée ", " l'île d'Aphrodite ", elle est à la croisée de l'Orient et de l'Occident. Elle est située en Asie mineure sur le plan géographique, quoiqu'elle fasse partie de l'Europe sur le plan politique. Elle a eu une histoire mouvementée, a été occupée par de multiples envahisseurs, les derniers en date étant les Croisés, les Génois, les Vénitiens, les Ottomans et les Britanniques. Mais elle ne renie pas son histoire d’amour avec la Grèce dont elle est restée très proche malgré les invasions turques. Pour ces raisons elle est partagée en deux.
C'est aussi vers ici que Richard Cœur de Lion épousa Bérangère de Navarre. Elle recèle mille et une histoires qui me fascinent et l’influence byzantine la rend encore plus voluptueusement orientale même ici, dans la partie grecque. Nous pénétrons dans une église au pur style byzantin et y croisons des vieilles, venues faire leurs dévotions et des religieux aux costumes « exotiques ». Enfin, quelques échoppes regorgeant d’artisanat du cru nous ouvrent largement leurs portes et nous permettent d’y croiser les habitants de cette ile protégée par les dieux incarnant l’amour.
27 Février : Nous abordons à Haïfa, LE port qui doit nous permettre d’aller enfin vers la ville sainte. Je dois dire que nous sommes quelques 3000 personnes ce jour-là à débarquer dans le pays. On nous a expliqué que les bateaux de croisière ne pouvaient plus aborder depuis quelques dix années, c’est donc une occasion unique ! Mais cette terre d’Israël, cette terre promise, nous avons dû la gagner, déjà à bord du bateau en remplissant notre fiche d’immigration, ensuite, au débarquement, en passant devant la douane israélienne. Pourtant, nous nous sentons très vite en confiance, ici.
Dans le bus, nous rencontrons notre guide : Ruth, ou Ruti pour les intimes. Nous faisons un petit tour rapide d’un morceau de la ville, et découvrons un magnifique jardin suspendu, non pas celui de Babylone, mais celui de la religion « bahaï » qui a élu son centre mondial ici, à Haïfa, en Israël. Et c’est toute la folie de notre monde qui m’apparait, puisque les « bahaï » dont l’origine est perse, qui constituent une élite disséminée en diaspora dans le monde, ont trouvé refuge dans ce pays devenu ennemi irréductible de l’Iran. Encore une fois l’histoire de la religion vient rattraper cette région du monde. En effet, ville sainte pour les trois grandes religions monothéistes (juive, chrétienne et musulmane), Jérusalem abrite un patrimoine historique d'une exceptionnelle richesse, ça, ça se mérite.Nous commençons par un rapide tour de la cité, impressionnées par ses murailles. Mais le bus nous achemine vers Bethléem, puisque c’est là-bas que nous avons choisi de nous rendre. A la frontière, Ruth descend pour laisser la place à un guide palestinien. Ce dernier, très sympathique, dit quelques mots de français et me choisit très vite pour traduire son anglais, heureusement pour moi très approximatif donc pas si compliqué. Dans la boutique de souvenirs nous jouons le jeu et achetons quelques objets. Cette zone parait si pauvre comparée à Israël, de l’autre côté…
Nous nous rendons ensuite, sous une pluie battante, à la fameuse église de la Nativité d’où est retransmise chaque la messe de minuit, diffusée pour les chrétiens du monde entier. Dire l’émotion….c’est trop peu dire. Malgré la dureté de la situation, ce lieu saint conserve une grande noblesse empreinte de la ferveur de la multitude venue dans ce cœur tristement ardent de la Nativité. Nous renonçons à la visite de la grotte où est né Jésus, car on nous annonce plus de deux heures d’attente. Je repars bouleversée de cet endroit. Et l’attente au retour à la frontière dans le bus nous permet de bien voir le fameux mur qui emprisonne cette région objet de tous les litiges. Un mur qui délimite deux mondes, et c’est à n’y rien comprendre à l’heure où les frontières se rétrécissent tellement. Tout près de la guérite frontalière, un superbe tag coloré sur le mur, avec cette phrase, écrite en français : « la liberté, c’est résister ». Aujourd’hui, pour moi, le français redevient la langue des droits à la vie et à la liberté !!!
Nous revenons à Jérusalem, retrouvons Ruth qui remonte dans le bus, en route la vieille ville où l'on peut admirer la célèbre pierre de Jérusalem, aux tons jaunes pâles. C'est aussi une ville dynamique et cosmopolite, véritable carrefour des cultures et des traditions qui nous apparait également moderne, dynamique. Nous passons nous restaurer dans le jardin d’un restaurant qui nous propose un magnifique buffet de mets typiques, je peux ici vérifier la richesse de la cuisine locale. Nous nous acheminons tout au long du Chemin de Croix de Jésus, jusqu’à la Basilique du Saint Sépulcre, impressionnante et magique. De nombreuses processions des églises orthodoxes ralentissent notre visite et retardent notre découverte de l’intérieur du lieu saint.
La dévotion de la foule est palpable, et l’arrêt devant la pierre ayant accueilli le corps du Christ à la descente de la croix est l’objet d’une grande ferveur. Chacun à son tour peut caresser la roche, enduite d’huile d’olive coupée à l’eau de roses ; mes mains resteront plusieurs heures embaumées de cette odeur divinement subtile….
Las « Islas Canarias » ce sont les iles de ma jeunesse hispanisante, celle qui rêvait de voyages ....plus lointains encore que l'Espagne. Les canaris, ce sont ces mignons oiseaux que l'on peut admirer en cage. Le «canari » africain est ce récipient proche du « botijo » espagnol, que les femmes africaines remplissent d'eau pour qu'elle rafraichisse autant que faire se peut pour se désaltérer. Lanzarote, ce fut-enfin- mon rêve canarien en train de se réaliser. LANZAROTE, je retiendrai comme origine de son nom « lanza rota » ou « lance brisée » qui fait rêver à une tragédie antique, ou encore à un roman chevaleresque, bref ça lui donne un sens furieusement guerrier et romantique.
Me voici sur cette terre volcanique, qui se révèle à la fois rude, sauvage et aride à souhait. C'est le meilleur moyen de se confronter à soi-même, sans fioriture, dans l'extrême de ces terres arides.
Ici, la culture du volcan est présente partout sur cette île qui connut une éruption de dix neuf jours au XVIIIème siècle seulement... Ici, la nature a repris ses droits au gré des champs de scories, des gisements de pierres de lave, des concrétions uniques. Le gris, le noir, le beige, l'ocre servent de toile de fond, confrontés aux bleus déclinés du ciel et de l'océan. L'habitat, blanc, immaculé, accompagne avec élégance le décor naturel, varié et contrasté de l'environnement. On peut ajouter, l'adoucissement de la langue hispanique, alanguie localement. Avec cet accent surprenant, sont contées, par les autochtones, les légendes locales exacerbant le côté infernal de ces paysages et sites surprenants.
Ici on hésite entre désert et oasis, tant le miracle de la nature donne à voir des extrêmes, au fil de nos explorations. Nous sommes dans la culture de la survie, au triomphe de la vie sur l'incandescence, alors que le sommet du volcan nous indique que le feu arde toujours, pas loin du sol, de nos pieds, pas même trois siècles après.
Les ressources de la nature sont les sources de la vie à l'état brut. Ainsi, l'eau de vie est dessalée, mais les salines fournissent le sel dans lequel sont cuits légumes et poissons. Les « papas » ou pommes de terre du cru, sont cuites jusqu'à évaporation complète dans une eau fortement salée, les poissons et crustacés sont cuits également au sel, savoureusement parfumé.
Et que dire du « malvasia » ou malvoisie, ce vin produit grâce à des petits plants minutieusement cultivés sur un terrain volcanique et jalousement protégés du vent fréquent, par des petits murs en roche volcanique aussi. Ainsi, les gouttes de rosée, les embruns marins permettent à la sève de monter....... Ce vin, il est divin.......tout comme le « vermejo » évoquant pour moi le vermeil, ce mélange d'or recouvrant l'argent sur les bijoux et la vaisselle de nos rois !!Ce sont des gorgées divines, gorgées de soleil, de velours coulant voluptueusement dans nos gosiers.
Nous avons visité les grottes, gouffres et curiosités diverses, produits par la rencontre sans merci de la terre, du feu, et de l'eau ; ce sont de véritables œuvres d'art qui vous coupent le souffle et vous dépassent l'entendement. Nous n'avons jamais eu besoin de la réanimation et pourtant, ça aurait pu. Le culte du feu se révèle naturel, et l'idée que le diable pourrait séjourner ici ne semble nullement absurde.
Et puis nous avons « poussé » nos explorations jusqu'à la pointe de « Papagayo », au sud, dans la zone touristique dont nous nous sommes éloignées volontairement. Et, surprise !!! Cette plage est modestement belle, escarpée, émouvante. Et, d'ailleurs, elle se mérite puisqu'on doit suivre un chemin non goudronné en s'acquittant d'un péage pour le véhicule. C'est assez extraordinaire, une plage comme ça aussi simplement belle, à l'abri de l'invasion des touristes. Ici, on oublie le diable, on est presque au paradis. Après le feu, la lave, le volcan, nous voici dans une superbe harmonie marine
Tous les soirs nous rentrons à « la maison » à Tabayesco nous reposer dans le silence étoilé. Et le matin nous nous levons, foulant dans le patio des tapis de fleurs de bougainvilliers alors que les massifs s'ornent au fur et à mesure d'autres floraisons qui viendront à nouveau joncher le sol de bruissements joliment colorés. De la fenêtre, nous voyons l'océan, la montagne aride, et la chapelle immaculée dans le silence embaumé du hameau.
N'oublions pas les « lanzarenos », ces autochtones si sympathiques. Il ne faut pas non plus oublier Cesar Manrique, l'enfant du pays, omni présent, réalisateur de superbes œuvres d'art qui mettent en valeur les sites magiques de son ile. Son ile qui vit au rythme du volcan, et à laquelle il a impulsé le désir de protection contre l'invasion sauvage des touristes fréquentant les clubs de vacances. Il a su utiliser avec talent les sites naturels et exalté les mythes et les emblèmes, tel le lézard de Lanzarote, rescapé des dernières éruptions et le « diable », qui symbolise si bien l'alliance du feu infernal avec la terre entouré d'océan.
Des moments inoubliables, ici, sur « l'ile de lave et de feu » ; elle incarne la vie, dans toutes ses déclinaisons, dans ses dimensions implacables, irremplaçables, impensables, inoubliables. Le basalte noir, le gris des champs de roches, le blanc immaculé des maisons traditionnelles, le vert pâli des cactées et figuiers de barbarie, le générosité luxuriante colorée des fleurs qui coulent le long des murets , les cols montagneux austères et le ciel métallique d'un coucher de soleil ennuagé sur l'océan....longtemps je rêverai à Lanzarote et, sûr, je ferai tout pour y retourner. C'est pas l'enfer, et parfois ça ressemble au paradis !!!